Il y a quelques jours sur la brocante d’Aigues-Mortes, un fascicule vieilli par le temps attirait mon attention. Son titre « Noël en Provence » annonçait un contenu prometteur et en feuilletant rapidement les pages, je sus que je ne repartirais pas sans. J’attaquais le soir même sa lecture, débordante d’enthousiasme.

Il s’agit d’un livret, distribué à l’époque (que je ne parviens pas vraiment à identifier, peut-être autour de 1950 ?) gratuitement dans la ville de Marseille. A l’initiative du groupe « Prouvenço », sous l’impulsion du félibre Antoine Mouren, l’objectif des feuillets est de donner un aperçu « très complet » des coutumes calendales en Provence, autrement dit, des traditions autour des fêtes de Noël, dans l’optique de les perpétuer. L’avant-propos le confirme par ses mots : « Et maintenant, modeste opuscule, pénètre dans chaque foyer et que l’on te lise le soir, autour de la crèche. Enseigne à nos enfants nos coutumes si touchantes ainsi que nos vieux Noëls si doux à entendre et à chanter. Prends place dans la valise du voyageur et va dire à tous que Marseille, cité du négoce, est aussi la ville par excellence de la Noël familiale ». Voici donc un résumé de ces traditions ancestrales, pas si désuètes que l’on pourrait le croire : ma famille les applique pour la plupart et je suis certaine que bon nombre de provençaux continuent également à le faire. Les voici, dans l’ordre chronologique de leur réalisation:
La Crèche. Quelques jours avant Noël, un dimanche, ou durant les soirées de semaine, un des membres de la famille entreprend la confection de la Crèche. Il s’agit d’un travail important et chacun y contribue par ses trouvailles, son tour de main, la fantaisie la plus étendue pouvant d’y donner libre cours, sans s’écarter du sujet symbolique représentant la naissance du Christ qu’égayera, par ses atours, un cachet provençal. La Crèche représente en général un village sur une colline au milieu de laquelle jaillit un petit torrent, en papier d’argent. Des accessoires viendront donner vie au village : des arbres faits de branchettes de thym ou de tamaris, des maisonnettes en liège ou en carton, un moulin, un puit, un pont rustique, un lavoir… Elle est placée de manière bien visible, dans la pièce où se prennent les repas. Le choix des santons doit être fait judicieusement en trois ou quatre grandeurs pour conserver la perspective : les grands sont placés au premier plan, les moyens au centre et les plus petits sur les hauteurs, que dominera le moulin à vent. Les santons sont nombreux dans la crèche provençale, on peut les constituer petit à petit, année après année, lors des foires au santons organisées en fin d’années dans les villages. La vieille de Noël, les enfants ramène de la verdure du marché et ornent la Crèche de houx, de laurier, de buis, de sapin, de gui… On saupoudre les toits des maisonnettes de farine pour imiter la neige, on dispose l’ange via un fil invisible et on n’oublie pas de réserver, au premier plan, l’emplacement des Rois Mages qu’on installera pour l’Épiphanie.
Le blé. Le 4 décembre, jour de la Sainte Barbe, une coutume veut que l’on mette à germer dans deux petites assiettes un peu profondes dîtes « platelets », une légère couche de blé, humecté d’eau, qu’on aura soin d’alimenter quotidiennement. Ces deux assiettes, dont le blé aura monté pour Noël, sont destinées à orner la table, le soir du « gros souper » (le 24 décembre) et ensuite, les abords de la Crèche. Attention, si le blé ne prend pas, le proverbe présage une mauvaise année ! A l’inverse, s’il pousse vert et bien droit, ses propriétaires passeront une année prospère, comme le clame le proverbe provençal suivant : « Quand lou blad vèn bèn, tout vèn bèn ! » Quand le blé va bien, tout va bien !
Le Gros Souper. C’est le prélude et le clou de la fête au point de vue profane, où s’évoqueront les joies et les tristesses du passé, ces dernières estompées par la joie de se retrouver groupés autour de l’Aïeul vénéré. Fête de l’Espoir et de l’Avenir, telle est la fête de Noël. Il faut avant tout dresser le couvert. On dispose la nappe sur laquelle on superpose deux napperons. On installe trois chandeliers de cuivre où brûleront des bougies en souvenir de la Sainte-Trinité. Il est aussi de tradition de couvrir la table de feuillage et d’y placer les deux platelets de blé. Un gros pain « lou pan calendau » doit figurer au milieu, représentant le Christ et douze autres petits pains symbolisant les douze apôtres. La coutume exige que la table ainsi dressée ne soit pas desservie durant les trois jours de fêtes appelés Calendo, soit les 24, 25 et 26 décembre. Puis, le moment solennel arrive : l’Aïeul et le plus jeune de l’assemblée vont chercher « lou cacho fio », une belle bûche provenant d’un olivier ou de tout autre arbre fruitier, que l’on enguirlande de verdures et de rubans. Tout deux prennent cette bûche, la tenant chacun par une extrémité, font trois tours de table en répétant « caleno vèn ! tout vèn bèn. » Puis la bûche est placée dans la cheminée, au dessus d’un lit de sarmants, qu’on allume avec l’une des trois bougies. Prenant un verre de vin cuit, il arrose la bûche flambante de quelques gouttes, geste que renouvellent tour à tour les invités. Des lèvres de cet aïeul tombent alors les paroles sacrées : Dieu nous fague la gràci de vèire l’an que vèn ! Se sian pas mai, fuguen pas men » : Dieu nous fait la grâce de voir l’an qui vient : si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins. On se met ensuite à table, l’aieul préside et prenant le gros pain Calendau, il trace un signe de croix sur la croûte et le coupe en autant de morceaux qu’il y a de convives. Ces parts, d’après la légende, doivent protéger le possesseur contre les infortunes. Une grosse part est réservée au premier malheureux qui se présentera. Le repas commence, au milieu de l’allégresse générale. Le menu doit être maigre, voici quelques mets traditionnels : l’anguille à la broche ou en sauce blanche ; la morue en rèite avec des câpres, le merlan frit ou un poisson blanc sur le gril. Puis la brandade, le choux-fleur à la crème ou en salade, la carde en sauce blanche, les carottes à la poêle, les artichauts à la barigoule, les escargots aux épinards ou la salade de céleri. Le plat le plus attendu est le dessert, ou plutôt « les treize desserts » que voici : figues séchées, noix, amandes, noisettes ( ce sont « les 4 mendiants »), pruneaux, raisins secs, dattes, pommes, poires, mandarines, nougat blanc de Provence, nougat noir au miel cuit et enfin la pompe à huile, dont le goût s’harmonise avec un vin cuit dans lequel on la trempe. Puis le souper s’achève et les cloches invitent à la messe de minuit, dont on peut voir une version traditionnelle aux Baux-de-Provence ou dans le village d’Allauch, par exemple.
Les chants de Noël. Le 25 décembre, après le copieux repas (il n’existe pas de menu spécial, mais la dinde rôtie est d’usage et quelques pâtisseries, dont la Bûche de Noël viennent compléter les treize desserts), les familles vont écouter les populaires chants de fin d’année, accompagnés par les galoubets et tambourins, des instruments typiques de Provence.
Les Pastorales. Le lendemain de Noël, les familles assistent habituellement aux Pastorales, très populaires en Provence. Il s’agit de mises en scène théâtrale, parfois chantées, racontant la naissance du Christ, dans un décor provençal. La Ville de Saint-Rémy-de-Provence en organise chaque année (souvent avant Noël).

Les traditions s’achèvent avec la fête des Rois le 6 janvier, en souvenir des trois rois Mages, qui offre encore l’occasion de belles réunions familiales, dont les invitations réciproques se répercutent pendant plusieurs semaines. C’est le 2 février, jour de la Chandeleur, qu’après avoir allumé la veilleuse une dernière fois, la crèche doit être démontée.
Voici donc un aperçu des traditions, coutumes et cérémonies réalisées autour de Noël en Provence. Elles prétextent toutes les retrouvailles familiales et si certaines disparaîtront peut-être, la joie d’être ensemble perdurera toujours, en Provence ou ailleurs.
Avant de terminer cet article, j’avais promis un « guide cadeaux spécial Provence », proposant une sélection d’articles du coin. Quand il s’agit d’offrir, je me réfère au dicton suivant « offre à autrui ce que tu aimerais que l’on t’offre » (est-ce vraiment un dicton ?) – Voici donc quelques-uns de mes « cadeaux de rêve », illustrant la Provence que j’aime, qui ne manqueront pas de faire plaisir à vos proches en apportant une touche d’originalité, d’élégance et de nostalgie :

De précieuses serviettes de table : puisque les traditions invitent aux longs repas familiaux, mieux vaut dresser de belles tables. Le linge de table de la marque est particulièrement élégant et souligne l’importance des évènements qu’il décore. Dans ma famille, nous ne dressons les nappes Souleiado que lors des évènements importants, comme si elles seules étaient à la hauteur de la cérémonie à venir. Ces serviettes pourraient être utilisées plus fréquemment, au dessus d’une nappe blanche par exemple, comme un clin d’œil aux anciens « gros soupers » provençaux, à l’enfance et à la magie de Noël. Serviette de table « Baumanière » – 15 euros
Une médaille porte-bonheur : à Marseille, on raconte que la Bonne Mère veille sur les habitants de la ville, qu’elle les accompagne et leur porte bonheur. Je ne suis plus marseillaise depuis plusieurs années mais reste persuadée que la Bonne Mère protège » les marseillais de cœur », ceux qui n’y vivent pas, qui n’y vivent plus, qui aiment Marseille ou aimeraient y vivre. J’adore l’idée d’offrir un porte-bonheur pour accompagner les vœux de la nouvelle année, surtout avec un médaillon si joli. Médaille de la Bonne Mère – 4,20 euros
Des cierges d’exception : je découvrais il y a quelque temps la Ciergerie Des Premontrés, dernière ciergerie de Provence, établie depuis 1858. C’est une entreprise fascinante qui perpétue avec passion un savoir-faire d’exception et une histoire qui mériterait d’être racontée au coin d’un feu de cheminée. En rentrant à la maison avec un paquet de cierge, j’annonçais que nous les allumerions pour illuminer les moments importants de nos vies. Les cierges ont ainsi brillé lorsque j’ai appris que j’étais enceinte, pour célébrer un nouveau travail, pour la naissance d’Oscar, l’anniversaire d’Adrien, pour notre premier dîner dans la nouvelle maison… Je les associe à l’émotion des bonnes nouvelles et les offre en souhaitant la même joie dans les foyers qu’ils illumineront. Cierges coniques 30 cm – 18,90 euros

Un bijoux solaire : offrir un bijoux peut paraître risqué, pourtant en choisissant un modèle classique et intemporel on ne peut pas se tromper. J’ai découvert la marque « Jour de Mistral » il y a peu et suis séduite par la délicatesse des dessins, représentant la flore provençale. Ces bijoux évoquent le soleil du sud, les épis de blés dans les cheveux, les balades dans la colline et l’idée de porter ces images avec moi au quotidien m’emplit de joie. Bague Collines – 52 euros
Un livre passionnant : depuis que ce livre est à la maison, tout nos invités le consultent avec intérêt, même (surtout) ceux qui n’ont pas une grande connaissance de la Camargue. Ce livre photo est captivant, il illustre les grandes familles camarguaises en racontant leurs histoires, leur passion. Patrick Frilet, le photographe, a rassemblé les membres de ces familles pour des photos émouvantes qui témoignent de l’importance des traditions en Camargue. Un cadeau original et instructif ! Les Dynasties de Camargue – 49 euros
Un parfum élégant : là encore, offrir un parfum peut paraître délicat, mais quand celui-ci est chargé d’histoire, il peut se transformer en clin d’œil très personnel. L’histoire de Fortunette des Baux est fascinante et ce parfum illustre à merveille les aspects de sa personnalité que j’imagine fraîche et séduisante. C’est un cadeaux original et mystérieux qui nous plonge dans la Provence du 20ème siècle en offrant à qui le portera l’assurance intrépide de Fortunette. Eau de Cologne Fortunette des Baux – 55 euros
J’espère que ce guide vous inspirera et vous convaincra de gâter vos proches cette année. Je me réjouis de tous les concerts, pastorales, marchés de noël auxquels nous assistons en ce moment : la Provence est un bel endroit pour passer les fêtes de fin d’année et c’est peut-être à cette période que je réalise le plus la chance que nous avons de vivre ici. Passez un joyeux noël, où que vous soyez et merci de trouver un intérêt quelconque à ce petit espace virtuel. Je n’ai pas encore réfléchis à mes « bonnes résolutions » pour l’année 2023, mais continuer à documenter ce blog en fait définitivement partie 😉 A l’année prochaine, prenez bien soin de vous xxx
