Décembre

C’est en rangeant, le cœur serré, les décorations de Noël, que je réalisais ne pas avoir publié d’article résumant notre mois de décembre 2022. Tout est allé vite depuis notre retour de vacances et nous commençons seulement à retrouver un rythme après quelques jours en Auvergne. Ce furent de merveilleuses vacances, entourées de famille et d’amis, d’abord dans le Gevaudan pour fêter Noël, puis dans les forêts du Puy-de-Dôme pour célébrer la nouvelle année. Nous en revenons enthousiasmés par la beauté des paysages, avec la ferme intention de passer du temps avec nos amis en 2023. Oui, parmi les dizaines de bonnes résolutions que j’aime renouveler chaque année figurent cette fois en premier « découvrir la France » et « rendre visite à mes amis ». C’est un programme réjouissant, qui promet de me faire sortir de ma zone de confort puisque je suis généralement fidèle aux lieux que j’aime et affectionne la tradition de retrouver les mêmes endroits chaque année. La preuve la plus récente remonte justement à la fin des vacances, où charmée par le village de Saugues (Son église ! Sa place principale ! Son musée de la Bête du Gevaudan ! Sa petite boulangerie si mignonne !) je proposais à Adrien d’y revenir pour un futur séjour. « On avait dit découvrir de nouveaux lieux, non ? » Tant pis pour Saugues, ce mois de décembre m’a démontré à quel point la France était belle et à quel point le plus important était d’être bien entouré. J’y pensais lors d’une longue randonnée dans les bois avec des amis, où traversant les rivières et les forêts pendant plusieurs heures, je ressentis la joie simple du moment présent. Il y a un adage qui dit « on passe l’année comme on la fête » et je le martèle chaque 31 décembre à mes proches afin qu’ils anticipent au mieux l’année à venir. A en croire le dicton, l’année 2023 s’annonce heureuse et simple, remplie d’amour, d’amitié (et de courbatures, et d’ampoules aux pieds…) et de belles aventures. Elle me permettra, comme lors de ces derniers jours, de profiter pleinement d’Oscar, d’observer ses découvertes, de le voir grandir. Les capacités d’adaptation de ce petit garçon nous ont surpris pendant ce séjour loin de la maison, ce qui conforte nos projets de tourisme et de découvertes. Pour l’instant, nous sommes heureux de retrouver la maison, les voisins, les remparts d’Aigues-Mortes, ses belles couleurs au coucher du soleil et son odeur de fleur d’oranger. Les vacances c’est bien, mais c’est encore mieux lorsqu’elles se terminent par le précieux sentiment du « retour à la maison ». Les aigues-mortais y sont pour beaucoup, nous questionnant avec intérêt sur « notre séjour à la montagne », ce qui valu à notre chien Charlot une balade de 3 heures le 2 janvier dernier. Ah ! Je suis heureuse de retrouver tout ça. J’espère que vous avez passé de belles fêtes de fin d’année et que vous commencez la nouvelle avec optimisme. Continuer à documenter ce blog fait définitivement partie de mes bonnes résolutions mais je pense être bien moins présente sur Instagram, qui ne correspond plus vraiment à ce dont j’ai envie. Je termine cet article à contre cœur, Oscar a apparemment décidé qu’il était l’heure de dîner à 18h pétantes… Voici quand même, pour ne pas finir de manière trop brutale, l’un de mes poèmes préféré. Il est de François Coppée et mérite d’être lu et relu !

Décembre

Le hibou parmi les décombres

Hurle, et Décembre va finir ;

Et le douloureux souvenir

Sur ton cœur jette encor ses ombres.

Le vol de ces jours que tu nombres,

L’aurais-tu voulu retenir ?

Combien seront, dans l’avenir,

Brillants et purs ; et combien, sombres ?

Laisse donc les ans s’épuiser.

Que de larmes pour un baiser,

Que d’épines pour une rose !

Le temps qui s’écoule fait bien ;

Et mourir ne doit être rien,

Puisque vivre est si peu de chose.

François Coppée

Je vous souhaite une très bonne année 2023, qu’elle vous apporte tout ce dont vous rêvez. A bientôt pour un nouvel article (je crois avoir, dans mon appareil photo, de quoi être exploité avant le mois prochain !) xx

Un Noël Provençal

Un Noël Provençal

Il y a quelques jours sur la brocante d’Aigues-Mortes, un fascicule vieilli par le temps attirait mon attention. Son titre « Noël en Provence » annonçait un contenu prometteur et en feuilletant rapidement les pages, je sus que je ne repartirais pas sans. J’attaquais le soir même sa lecture, débordante d’enthousiasme.

Il s’agit d’un livret, distribué à l’époque (que je ne parviens pas vraiment à identifier, peut-être autour de 1950 ?) gratuitement dans la ville de Marseille. A l’initiative du groupe « Prouvenço », sous l’impulsion du félibre Antoine Mouren, l’objectif des feuillets est de donner un aperçu « très complet » des coutumes calendales en Provence, autrement dit, des traditions autour des fêtes de Noël, dans l’optique de les perpétuer. L’avant-propos le confirme par ses mots : « Et maintenant, modeste opuscule, pénètre dans chaque foyer et que l’on te lise le soir, autour de la crèche. Enseigne à nos enfants nos coutumes si touchantes ainsi que nos vieux Noëls si doux à entendre et à chanter. Prends place dans la valise du voyageur et va dire à tous que Marseille, cité du négoce, est aussi la ville par excellence de la Noël familiale ». Voici donc un résumé de ces traditions ancestrales, pas si désuètes que l’on pourrait le croire : ma famille les applique pour la plupart et je suis certaine que bon nombre de provençaux continuent également à le faire. Les voici, dans l’ordre chronologique de leur réalisation:

La Crèche. Quelques jours avant Noël, un dimanche, ou durant les soirées de semaine, un des membres de la famille entreprend la confection de la Crèche. Il s’agit d’un travail important et chacun y contribue par ses trouvailles, son tour de main, la fantaisie la plus étendue pouvant d’y donner libre cours, sans s’écarter du sujet symbolique représentant la naissance du Christ qu’égayera, par ses atours, un cachet provençal. La Crèche représente en général un village sur une colline au milieu de laquelle jaillit un petit torrent, en papier d’argent. Des accessoires viendront donner vie au village : des arbres faits de branchettes de thym ou de tamaris, des maisonnettes en liège ou en carton, un moulin, un puit, un pont rustique, un lavoir… Elle est placée de manière bien visible, dans la pièce où se prennent les repas. Le choix des santons doit être fait judicieusement en trois ou quatre grandeurs pour conserver la perspective : les grands sont placés au premier plan, les moyens au centre et les plus petits sur les hauteurs, que dominera le moulin à vent. Les santons sont nombreux dans la crèche provençale, on peut les constituer petit à petit, année après année, lors des foires au santons organisées en fin d’années dans les villages. La vieille de Noël, les enfants ramène de la verdure du marché et ornent la Crèche de houx, de laurier, de buis, de sapin, de gui… On saupoudre les toits des maisonnettes de farine pour imiter la neige, on dispose l’ange via un fil invisible et on n’oublie pas de réserver, au premier plan, l’emplacement des Rois Mages qu’on installera pour l’Épiphanie.

Le blé. Le 4 décembre, jour de la Sainte Barbe, une coutume veut que l’on mette à germer dans deux petites assiettes un peu profondes dîtes « platelets », une légère couche de blé, humecté d’eau, qu’on aura soin d’alimenter quotidiennement. Ces deux assiettes, dont le blé aura monté pour Noël, sont destinées à orner la table, le soir du « gros souper » (le 24 décembre) et ensuite, les abords de la Crèche. Attention, si le blé ne prend pas, le proverbe présage une mauvaise année ! A l’inverse, s’il pousse vert et bien droit, ses propriétaires passeront une année prospère, comme le clame le proverbe provençal suivant : « Quand lou blad vèn bèn, tout vèn bèn ! » Quand le blé va bien, tout va bien !

Le Gros Souper. C’est le prélude et le clou de la fête au point de vue profane, où s’évoqueront les joies et les tristesses du passé, ces dernières estompées par la joie de se retrouver groupés autour de l’Aïeul vénéré. Fête de l’Espoir et de l’Avenir, telle est la fête de Noël. Il faut avant tout dresser le couvert. On dispose la nappe sur laquelle on superpose deux napperons. On installe trois chandeliers de cuivre où brûleront des bougies en souvenir de la Sainte-Trinité. Il est aussi de tradition de couvrir la table de feuillage et d’y placer les deux platelets de blé. Un gros pain « lou pan calendau » doit figurer au milieu, représentant le Christ et douze autres petits pains symbolisant les douze apôtres. La coutume exige que la table ainsi dressée ne soit pas desservie durant les trois jours de fêtes appelés Calendo, soit les 24, 25 et 26 décembre. Puis, le moment solennel arrive : l’Aïeul et le plus jeune de l’assemblée vont chercher « lou cacho fio », une belle bûche provenant d’un olivier ou de tout autre arbre fruitier, que l’on enguirlande de verdures et de rubans. Tout deux prennent cette bûche, la tenant chacun par une extrémité, font trois tours de table en répétant « caleno vèn ! tout vèn bèn. » Puis la bûche est placée dans la cheminée, au dessus d’un lit de sarmants, qu’on allume avec l’une des trois bougies. Prenant un verre de vin cuit, il arrose la bûche flambante de quelques gouttes, geste que renouvellent tour à tour les invités. Des lèvres de cet aïeul tombent alors les paroles sacrées : Dieu nous fague la gràci de vèire l’an que vèn ! Se sian pas mai, fuguen pas men » : Dieu nous fait la grâce de voir l’an qui vient : si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins. On se met ensuite à table, l’aieul préside et prenant le gros pain Calendau, il trace un signe de croix sur la croûte et le coupe en autant de morceaux qu’il y a de convives. Ces parts, d’après la légende, doivent protéger le possesseur contre les infortunes. Une grosse part est réservée au premier malheureux qui se présentera. Le repas commence, au milieu de l’allégresse générale. Le menu doit être maigre, voici quelques mets traditionnels : l’anguille à la broche ou en sauce blanche ; la morue en rèite avec des câpres, le merlan frit ou un poisson blanc sur le gril. Puis la brandade, le choux-fleur à la crème ou en salade, la carde en sauce blanche, les carottes à la poêle, les artichauts à la barigoule, les escargots aux épinards ou la salade de céleri. Le plat le plus attendu est le dessert, ou plutôt « les treize desserts » que voici : figues séchées, noix, amandes, noisettes ( ce sont « les 4 mendiants »), pruneaux, raisins secs, dattes, pommes, poires, mandarines, nougat blanc de Provence, nougat noir au miel cuit et enfin la pompe à huile, dont le goût s’harmonise avec un vin cuit dans lequel on la trempe. Puis le souper s’achève et les cloches invitent à la messe de minuit, dont on peut voir une version traditionnelle aux Baux-de-Provence ou dans le village d’Allauch, par exemple.

Les chants de Noël. Le 25 décembre, après le copieux repas (il n’existe pas de menu spécial, mais la dinde rôtie est d’usage et quelques pâtisseries, dont la Bûche de Noël viennent compléter les treize desserts), les familles vont écouter les populaires chants de fin d’année, accompagnés par les galoubets et tambourins, des instruments typiques de Provence.

Les Pastorales. Le lendemain de Noël, les familles assistent habituellement aux Pastorales, très populaires en Provence. Il s’agit de mises en scène théâtrale, parfois chantées, racontant la naissance du Christ, dans un décor provençal. La Ville de Saint-Rémy-de-Provence en organise chaque année (souvent avant Noël).

Illustration du « Gros Souper »

Les traditions s’achèvent avec la fête des Rois le 6 janvier, en souvenir des trois rois Mages, qui offre encore l’occasion de belles réunions familiales, dont les invitations réciproques se répercutent pendant plusieurs semaines. C’est le 2 février, jour de la Chandeleur, qu’après avoir allumé la veilleuse une dernière fois, la crèche doit être démontée.

Voici donc un aperçu des traditions, coutumes et cérémonies réalisées autour de Noël en Provence. Elles prétextent toutes les retrouvailles familiales et si certaines disparaîtront peut-être, la joie d’être ensemble perdurera toujours, en Provence ou ailleurs.

Avant de terminer cet article, j’avais promis un « guide cadeaux spécial Provence », proposant une sélection d’articles du coin. Quand il s’agit d’offrir, je me réfère au dicton suivant « offre à autrui ce que tu aimerais que l’on t’offre » (est-ce vraiment un dicton ?) – Voici donc quelques-uns de mes « cadeaux de rêve », illustrant la Provence que j’aime, qui ne manqueront pas de faire plaisir à vos proches en apportant une touche d’originalité, d’élégance et de nostalgie :

De précieuses serviettes de table : puisque les traditions invitent aux longs repas familiaux, mieux vaut dresser de belles tables. Le linge de table de la marque est particulièrement élégant et souligne l’importance des évènements qu’il décore. Dans ma famille, nous ne dressons les nappes Souleiado que lors des évènements importants, comme si elles seules étaient à la hauteur de la cérémonie à venir. Ces serviettes pourraient être utilisées plus fréquemment, au dessus d’une nappe blanche par exemple, comme un clin d’œil aux anciens « gros soupers » provençaux, à l’enfance et à la magie de Noël. Serviette de table « Baumanière »15 euros

Une médaille porte-bonheur : à Marseille, on raconte que la Bonne Mère veille sur les habitants de la ville, qu’elle les accompagne et leur porte bonheur. Je ne suis plus marseillaise depuis plusieurs années mais reste persuadée que la Bonne Mère protège  » les marseillais de cœur », ceux qui n’y vivent pas, qui n’y vivent plus, qui aiment Marseille ou aimeraient y vivre. J’adore l’idée d’offrir un porte-bonheur pour accompagner les vœux de la nouvelle année, surtout avec un médaillon si joli. Médaille de la Bonne Mère4,20 euros

Des cierges d’exception : je découvrais il y a quelque temps la Ciergerie Des Premontrés, dernière ciergerie de Provence, établie depuis 1858. C’est une entreprise fascinante qui perpétue avec passion un savoir-faire d’exception et une histoire qui mériterait d’être racontée au coin d’un feu de cheminée. En rentrant à la maison avec un paquet de cierge, j’annonçais que nous les allumerions pour illuminer les moments importants de nos vies. Les cierges ont ainsi brillé lorsque j’ai appris que j’étais enceinte, pour célébrer un nouveau travail, pour la naissance d’Oscar, l’anniversaire d’Adrien, pour notre premier dîner dans la nouvelle maison… Je les associe à l’émotion des bonnes nouvelles et les offre en souhaitant la même joie dans les foyers qu’ils illumineront. Cierges coniques 30 cm 18,90 euros

Un bijoux solaire : offrir un bijoux peut paraître risqué, pourtant en choisissant un modèle classique et intemporel on ne peut pas se tromper. J’ai découvert la marque « Jour de Mistral » il y a peu et suis séduite par la délicatesse des dessins, représentant la flore provençale. Ces bijoux évoquent le soleil du sud, les épis de blés dans les cheveux, les balades dans la colline et l’idée de porter ces images avec moi au quotidien m’emplit de joie. Bague Collines – 52 euros

Un livre passionnant : depuis que ce livre est à la maison, tout nos invités le consultent avec intérêt, même (surtout) ceux qui n’ont pas une grande connaissance de la Camargue. Ce livre photo est captivant, il illustre les grandes familles camarguaises en racontant leurs histoires, leur passion. Patrick Frilet, le photographe, a rassemblé les membres de ces familles pour des photos émouvantes qui témoignent de l’importance des traditions en Camargue. Un cadeau original et instructif ! Les Dynasties de Camargue – 49 euros

Un parfum élégant : là encore, offrir un parfum peut paraître délicat, mais quand celui-ci est chargé d’histoire, il peut se transformer en clin d’œil très personnel. L’histoire de Fortunette des Baux est fascinante et ce parfum illustre à merveille les aspects de sa personnalité que j’imagine fraîche et séduisante. C’est un cadeaux original et mystérieux qui nous plonge dans la Provence du 20ème siècle en offrant à qui le portera l’assurance intrépide de Fortunette. Eau de Cologne Fortunette des Baux55 euros

J’espère que ce guide vous inspirera et vous convaincra de gâter vos proches cette année. Je me réjouis de tous les concerts, pastorales, marchés de noël auxquels nous assistons en ce moment : la Provence est un bel endroit pour passer les fêtes de fin d’année et c’est peut-être à cette période que je réalise le plus la chance que nous avons de vivre ici. Passez un joyeux noël, où que vous soyez et merci de trouver un intérêt quelconque à ce petit espace virtuel. Je n’ai pas encore réfléchis à mes « bonnes résolutions » pour l’année 2023, mais continuer à documenter ce blog en fait définitivement partie 😉 A l’année prochaine, prenez bien soin de vous xxx

Novembre

En relisant l’article du mois d’octobre, je réalise ne pas avoir exploré les grands espaces camarguais comme je l’avais prévu ce mois ci. J’écrivais avec un enthousiasme débordant mon envie de nature, de découvertes et d’aventures sur ces terres sauvages délaissées par les touristes, mais je n’en ai simplement pas eu l’occasion ces derniers jours. Nous avons passé une grande partie de notre temps libre en Provence, auprès de ma famille, pour profiter des derniers instants avec Théo, mon frère, qui partira le 10 décembre pour de nouvelles aventures professionnelles au bout du monde (pas vraiment, mais bien trop loin pour mon cœur de grande sœur!). Les six prochains mois défileront donc sans lui et toute la famille met un point d’honneur à se réunir avant le grand départ. Ça en devient d’ailleurs presque drôle, de le voir si pudique face à toutes ces démonstrations d’amour, qu’il rejette la plupart du temps par un « arrêtez votre cirque, on dirait que je vais mourir ! » C’est comme ça chez nous : les femmes débordent d’amour, les hommes ne sont pas très démonstratifs, chacun en joue un peu, enrobé de cet environnement tendre et affectueux. Le week-end prochain, ma grand-mère organise un repas « en son honneur » et puis ce sera l’heure du départ. Mon cœur se serre un peu à cette idée mais je suis convaincue que de belles aventures l’attendent là-bas.

Nous avons donc passé du temps en Provence, que j’ai eu l’impression de redécouvrir sous l’air frais et la lumière dorée de cette fin d’automne. Je me baladais avec surprise dans les Baux-de-Provence pratiquement vides et ai eu l’impression, l’espace d’un instant, d’avoir les Alpilles pour moi toute seule. Il y a des journées radieuses, en automne, où le soleil illumine les villages provençaux, qui retrouvent peu à peu leur calme. En pénétrant dans la jolie chapelle des Pénitents Blancs, j’observais les détails de la fresque, représentant les bergers de Provence face à la Nativité. Le peintre, Yves Brayer, m’étais jusque là inconnu. Je faisais quelques recherches sur lui en rentrant et découvrais un homme passionné, vibrant sous la nature des Alpilles, peignant avec frénésie les paysages le rendant heureux. Je me retrouvais un peu dans ces citations décrivant l’extase, la contemplation, l’émerveillement face à cette nature et imaginais sa vie d’artiste dans les massifs, entourés par des villages de bergers.

Je découvrais quelques jours plus tard les poèmes d’Alexandrine Bremond, une jeune Tarasconnaise membre du Félibrige, contemporaine de Frédéric Mistral qui la déclara d’ailleurs « la plus lyrique des poètes provençaux ». Ses poèmes célèbrent les fleurs, les jolies filles à la fenêtre, le printemps, les rires, la brise dans les arbres, ils sont comme une ode à la vie, à l’enchantement : « L’ombre frissonne à travers les branches; — je n’ai pas peur malgré la nuit. — Ô mon cœur, viens à mes lèvres ! — ô mon âme, viens à mes yeux ! — Venez! nul ne peut nous voir. — Personne ne vous regarde — que le bon Dieu qui certainement — fait les étoiles pour les jeunes filles, — les jeunes filles pour les beaux rêves — et les beaux rêves pour le bonheur. »

L’approche de Noël a également favorisé les retrouvailles provençales. Ma grand-mère et moi avons l’habitude d’arpenter les marchés à la recherche des meilleures Oreillettes, des plus beaux santons pour la crèche. La ville de Tarascon organisait justement un grand marché des santonniers, célébrant les traditions de la région autour des fêtes de fin d’année. Nous avons rencontré la Reine d’Arles (ah!), accompagnées par mes petites cousines, intimidées par la beauté et la prestance de la Reine et ses Demoiselles d’Honneur. En rentrant à la maison ce jour là, nous nous sommes promis de perpétuer ces traditions de Noël, de saisir chaque occasion de passer du temps ensemble. Dans quelques jours nous assisterons à un grand concert de Noël à Frigolet et je me réjouis de ces moments en famille.

Et puis, comme ces temps familiaux sont toujours synonymes de longs repas, j’ai eu l’occasion de préparer certains de mes plats préférés. Je « révise » chaque année mes recettes de Noël (les oreillettes, les mendiants au chocolat, les cardes, la pompe à huile…) pour être sûre des les sublimer le jour J. J’essayais pourtant pour la première fois une recette de liqueur à la verveine et le résultat et si concluant qu’il n’en restera probablement pas l’année prochaine. Parfaite pour clôturer les repas festifs de fin d’année, c’est une liqueur légère et fleurie offrant la même sensation rêveuse qu’une balade dans les Alpilles en novembre :

Liqueur à la verveine :

50 feuilles de verveine (séchées) + un bouquet de thym (optionnel) – 40 morceaux de sucre – 1 litre d’alcool de fruit (j’ai utilisé de l’alcool de poire).

Versez l’ensemble des ingrédients dans un contenant hermétique et conservez à température ambiante, à l’abri de la lumière, pendant 40 jours. Remuez le contenant tous les 2/3 jours afin de mélanger le sucre. Servir frais.

J’espère que vous aurez aussi l’occasion de passer du temps avec vos proches. Je publie dans quelques jours un « guide cadeaux spécial Noël Provençal » sélectionnant les dix marques locales que je préfère. J’espère qu’il vous plaira et vous donnera quelques idées ! Bonne soirée xx

Octobre

S’asseoir face à mon ordinateur, taper le nom de mon blog sur un moteur de recherche, plisser des yeux en essayant de me remémorer mon mot de passe après des mois d’absence… J’ai déjà vécu cette situation une bonne cinquantaine de fois, pourtant aujourd’hui, c’est différent. Marcel et moi semble avoir disparu des radars, mon petit blog provençal n’existe plus. Ou plutôt si, il existe encore, mais un piratage informatique l’a transformé en une sorte de site étrange commentant l’actualité sportive (d’où un sms intrigué de mon frère : « pourquoi tu parles de foot sur ton blog ?!! », qui m’a valu un bon fou rire). Non, je ne décrypte pas l’actualité sportive mais aborde toujours bel et bien notre vie de famille en Camargue, de la Culture et des traditions du Midi. En parlant de famille, je crois ne pas avoir présenté quelqu’un ici…

Oscar est né, il y a plus d’un an maintenant. Sa curiosité nous fait redécouvrir le monde (qui aurait cru qu’une fourchette puisse être aussi intéressante ?!), ses « mamà » (prononcés avec un accent italien qui lui vient d’on ne sait où) me font fondre d’amour et ses éclats de rire inattendus sont définitivement communicatifs. Il agite frénétiquement les mains dès que son regard croise un oiseau, fonce droit vers la boulangerie dès que l’on sort de la maison et a une obsession oppressante pour les chats. Avec lui tout devient sujet à rire, à s’émerveiller et à ralentir et je dois dire que ce nouveau rythme de vie nous convient bien. Les premiers mois de ma vie de mère ont été un tourbillon d’amour, de fatigue, d’émotions. Bien sûr, je continuais à prendre des photos, des vidéos, à rédiger des petits bouts d’articles ici et là sans les publier… Mais la vérité c’est que malgré mon envie de continuer à partager nos aventures ici, j’ai consacré toute mon attention (et énergie!) à Oscar. De longues réflexions autour de mon rapport aux écrans m’ont également questionné : les impacts négatifs des réseaux sociaux me paraissent de plus en plus évidents, aussi ai-je cherché à réduire considérablement le temps passé sur mon smartphone, à tel point que je l’ai remplacé depuis plusieurs mois par un vieux Nokia et le nombre de livres que j’ai lu depuis (ce à quoi je privilégiais toujours du temps d’écran) ne cesse de m’impressionner. Il n’empêche que la rédaction d’un blog et le fait de pouvoir photographier des instants de vie me manque cruellement, surtout avec un petit garçon qui grandit aussi vite. J’avais profité du confinement pour prendre quelques cours de photographie en ligne et m’étais offert un bon appareil photo sans jamais réellement m’en servir : l’occasion est enfin arrivée ! Maintenant que le cours de la vie me semble à peu près sous contrôle (alléluia, Oscar dort toute la nuit!) que mes fonctions cérébrales, endommagées par le manque de sommeil, se remettent peu à peu en place, je peux l’écrire avec enthousiasme et excitation : Marcel et moi est de retour ! Sous le nom de Mistral et moi, mais de retour quand même !

Pourquoi Mistral et moi ? D’abord parce-que mes capacités informatiques ne me permettent pas de récupérer l’adresse marceletmoi.com. Il fallait donc une nouvelle adresse, un nouveau pseudo. A l’origine, Marcel, c’était pour Marcel Pagnol, mon auteur préféré. Il se trouve que Frédéric Mistral est l’un des auteurs les plus célèbres de toute la Provence / Camargue, auxquelles son œuvre rend un sublime hommage. Il navigue entre les deux, entre les collines arides de Provence et les marais humides de Camargue, un peu comme nous désormais. Il défend les valeurs, les traditions, la langue de ces régions et je suis particulièrement admirative de son engagement. J’emprunte ainsi son nom pour héberger la suite de nos aventures qui se déroulent sur les terres qui l’ont inspirées.

Je profite donc de cet « incident informatique » pour offrir un nouvel élan à mon blog. Le format sera légèrement modifié, j’envisage de publier un (long!) article par mois, récapitulant les derniers jours écoulés, détaillant parfois une recette que nous avons apprécié durant ce laps de temps. Maintenant qu’Oscar partage nos repas, je découvre le bonheur de cuisiner pour trois personnes, de l’emmener avec moi au marché, de lui faire goûter des recettes improvisées et de le voir dévorer les grands classiques de ma famille… Cuisiner m’inspire, me rend heureuse. Mêlée à mon apprentissage enthousiaste de la photographie (moins enthousiaste pour Adrien qui veille à ce que les plats photographiés n’arrivent pas froids dans nos assiettes) et à l’écriture, je pense détenir les bons ingrédients pour documenter ce petit espace virtuel.

Le mois d’octobre s’achève et en y repensant, les derniers jours écoulés m’ont fait l’effet d’une étreinte douce et chaleureuse. L’air se rafraîchit enfin en Camargue, ce qui veut dire que les moustiques disparaissent peu à peu et que les balades en pleine nature redeviennent possible. Dire que ça m’avait manqué serait un euphémisme. C’est lors d’une longue balade sous les platanes dorés du petit village de Marsillargues que j’ai réalisé à quel point cette nature, dont nous avons été privés tout l’été, m’était indispensable. Là, sous le soleil rougeoyant de cette fin d’après-midi, nous avons admiré les premiers signes de l’automne en nous promettant d’entreprendre au moins une longue balade chaque week-end. La liste des lieux que nous avons envie d’explorer est longue en Camargue, une infinité d’aventures s’offre à nous ! Il n’était d’ailleurs pas difficile de s’échapper d’Aigues-Mortes ces derniers jours : la célèbre fête d’octobre battait son plein dans les rues de la ville, abrivados, bandidos, bodegas, ferrades et autres évènements festifs ont rythmé la cité pendant plus d’une semaine et je dois avouer que malgré mon amour des traditions, j’ai trouvé ces quelques jours de fête oppressants. Est-ce parce-que je suis devenue maman ? Il est certain que mon regard n’aurait pas été le même il y a une dizaine d’années, mais aujourd’hui l’abondance d’alcool et les comportements parfois excessifs liés à ces célébrations m’interpellent… Ah ! Je me relis et une voix intérieure me sermonne : « tu vieillis, ma pauvre Emma ! » Regardons plutôt le bon côté des choses : la fête d’octobre est un évènement populaire qui rassemble les habitants de la ville, maintient les traditions et la culture camarguaise en faisant fonctionner les commerces locaux. C’est l’essentiel, non ?

Maintenant que la fête est terminée, la ville retrouve sa quiétude habituelle. Je savoure chaque instant à l’intérieur de nos chers remparts et en sors avec enthousiasme pour explorer les environs. Nous n’étions pas retournés à l’étang du Ponant depuis la naissance d’Oscar, c’est pourtant un endroit magnifique, tout proche de la maison, offrant un bon aperçu de ce que la nature camarguaise a de plus beau. Le plus heureux de s’y rendre est sans aucun doute Charlot, qui dévale les abords de l’étang avec exaltation. Nous avons marché longtemps, avant d’établir notre lieu de pique-nique au milieu d’un champs de Saladelle pour observer les canards sauvages. Oscar s’est aventuré entre les roseaux, Adrien a fait la sieste, j’ai cueilli un magnifique bouquet et ai volontairement retardé le moment de rentrer à la maison, profitant du moindre de soleil.

De retour, alors qu’Adrien et Oscar prenaient un bain, que Charlot épuisé entamait un long sommeil et qu’un bon repas réchauffait au four, j’ai ressenti une sérénité surprenante, le fameux sentiment « d’étreinte réconfortante ». Pour moi, le bonheur ressemble à ça, à une douce soirée automnale bercée par les rires d’un enfant prenant un bain, l’odeur gourmande d’un plat au four, la chaleur d’un foyer aimant, un chat ronronnant sur mes genoux alors que je rédige les premiers mots de cet article… Une joie simple et sans doute inépuisable.

Lors d’une récente conversation avec mon cousin, nous réalisions l’importance de l’héritage culturel reçu de nos grands-parents : les récits de « la vie d’avant », les expressions provençales, les descriptions géographiques du Midi, les vieilles recettes d’ici, les surnoms affectueux donnés aux petits enfants… Tout cela, toute cette culture, ces traditions de notre région, farouchement protégées par nos grands-parents, tendent à disparaître. Nos parents eux-mêmes semblent n’y porter que peu d’intérêt. C’est alors à nous, petits et arrières-petits enfants de faire perdurer cette identité si chère à nos cœur. Nos grands-parents ne sont pas éternels, mais leurs recettes, leur accent et leurs histoires le sont, si nous voulons bien les intégrer à notre quotidien. Je conserve et cuisine ainsi, plus précieusement qu’un trésor, les recettes de Mamé, qu’elle tient elle-même de sa mère, qui la tenait certainement de la sienne. L’odeur de l’ail cuit dans de l’huile d’olive me transporte à chaque fois dans un voyage générationnel, où j’imagine les femmes de ma famille cuisiner avec mes propres gestes pour leurs proches. Mon cousin lui, accueille dans son vocabulaire les vieux surnoms provençaux de nos ancêtres, d’autres apprennent l’occitan, constituent des arbres généalogiques, mémorisent les histoires… Cet héritage me passionne, puisqu’il est lié à l’histoire de ma famille, mais pas seulement…

Je mets en effet le doigt sur l’une des raisons de cet intérêt. En listant à Adrien mes principaux romans préférés, je découvrais quelque chose de surprenant : il s’agit, pour chacun d’entre eux, de récit où l’auteur raconte son / une enfance : La Gloire de mon Père de Pagnol, La vie devant soi de Gary, Vipère au poing de Bazin, l’Enfant de Vallès… Ces textes sont une trace indélébile du passé, une enquête historique, une preuve d’avant. C’est justement cet avant qui m’intéresse et éveille ma curiosité, sans que je ne comprenne vraiment pourquoi. Avant la naissance d’Oscar, je pouvais rester des heures à écouter les vieux aigues-mortais me raconter leur jeunesse dans les remparts. Lorsque je vivais à Marseille, je rendais souvent visite à un vieux libraire rue d’Aubagne, je m’asseyais à côté de lui et il répondait à mes questions, se souvenant de ses jeunes années autour du Vieux- Port… Des expériences comme ça, j’en ai vécu des dizaines, provoquées par cette même curiosité incontrôlable. Le proverbe africain « un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle » me paraît criant de vérité, j’aimerais alors tenter d’e sauver’épargner quelques bibliothèques et j’ai le sentiment d’avoir trouvé ma place en Camargue, cette terre qui ouvre volontiers ses bibliothèques à qui y trouve de l’intérêt.

L’histoire de la Camargue est en effet marquée par de grandes figures, toutes fières et porteuses de ses traditions : Frédéric Mistral, Folco de Baroncelli, Fanfonne Guillerme… Je découvre leurs histoires avec bonheur et m’endors souvent le soir sur les récits de leur vie, sur la mythologie Camarguaise. Car ici, l’Histoire se mêle souvent aux contes, aux grands mythes, aux poèmes et aux superstitions.

Il ne m’en fallait alors pas moins que la Camargue pour assouvir cette curiosité d’avant. Ici, personne n’est avare de souvenirs et je me laisse raconter de belles histoires, découvrant par d’autres cette terre que je m’approprie peu à peu.

Rendez-vous le mois prochain pour un prochain article ! En attendant, je continue à me frayer un chemin entre les Tamaris et la Saladelle, exaltée par un immense sentiment de liberté : il y a quelque jours, lors d’une cueillette sauvage, je me retrouvais seule au milieu des marais, entourée de flamants roses et d’oiseaux inconnus. C’était la première fois que ça m’arrivait et j’ai senti mon cœur battre plus fort que d’habitude. La Camargue, tantôt réservée aux touristes, tantôt aux moustiques, tantôt trop hostile s’offrait pour la première fois à moi seule. Je ne cesse d’y penser depuis, comme si cette passion dévorante des grands espaces m’avait finalement contaminée… La suite au prochain épisode ?